Ce texte fait partie d’une série de billets rédigé par Mylène Forget et publié sur LinkedIn où elle aborde les biais cognitifs.
Qu’est-ce qui vous paraît le plus préoccupant : une condition qui touche 5,6 % des Canadiens ou une condition qui en touche plus de 1,6 million ? Pourtant, c’est exactement la même donnée de Statistique Canada relativement aux Canadiens de 15 ans et plus avec une incapacité liée à l’ouïe, en 2022.
Personnellement, ces deux données ne suscitent pas la même réaction. Notre perception d’une information, et parfois même nos décisions, peuvent varier selon la manière dont on nous la présente.
Voici donc le volet 2 de la série sur les biais cognitifs : l’effet de cadrage (framing effect).
Une étude publiée en 1982 dans le New England Journal of Medicine a démontré que la façon de présenter les résultats d’un traitement pouvait influencer le choix des participants. 238 patients, 491 étudiants et 424 médecins devaient choisir entre deux traitements hypothétiques du cancer du poumon, la chirurgie et la radiothérapie. Les résultats étaient présentés soit en termes de survie, soit de mortalité.
Dans les trois groupes, y compris chez les médecins, la chirurgie paraissait nettement plus attrayante lorsque les résultats étaient présentés en termes de survie plutôt que de mortalité.
D’où l’importance de faire les bons choix de cadrage : quels faits mettre de l’avant, dans quel ordre et avec quels mots?
Choisir, c’est cadrer. C’est là qu’apparaît la frontière avec le fameux spin. Le cadrage aide à donner du sens à l’information, tandis que le spin cherche surtout à orienter l’interprétation dans le sens souhaité par celui qui communique. Lorsqu’on enjolive les faits au point de créer un décalage avec la réalité, on tombe dans le sugarcoating.
À trop vouloir embellir la réalité, on risque surtout d’entamer notre crédibilité.
Alors, qu’est-ce qu’on peut faire? Mettre la réalité en perspective, pas la maquiller. Et encore une fois, faire preuve d’empathie en changeant de point de vue sans sous-estimer la capacité de nos publics à reconnaître ce qu’on préférerait, peut-être, laisser dans l’ombre.
Prochain billet : le biais de confirmation.